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Blogue avec Julie Nadeau: Les risques psychosociaux chez les intervenants d’urgence

  • Publié dans BLOGUE

À NOTER : CET ARTICLE DE BLOGUE, COMME LES PRÉCÉDENTS, NE VISE PAS À CE QUE VOUS PRENIEZ EN PITIÉ LES INTERVENANT.E.S D’UGENCE NI À COMPARER LEUR SOUFFRANCE AVEC QUI QUE CE SOIT. IL VISE SEULEMENT À DÉMYSTIFIER LEUR TRAVAIL. MERCI !

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L’incendie mortel de vendredi soir à Québec rend compte d’une des difficultés que peuvent subir les premiers répondants : faire face à la mort. Ce type de décès se veut, par nature, imprévisible et plutôt rare (tant mieux!) dans l’exercice de leurs fonctions.

Si vous êtes à même de vous imaginer un peu, le fait de choisir d’exercer une profession d’urgence, c’est carburer à l’adrénaline; à la recherche de situations imprévisibles à répondre en un temps rapide. C’est aussi (et de plus en plus) faire face au jugement populaire. Combien de fois lit-on ou entend-on des gens critiquer très aisément le travail de ces professionnels? Vous vous direz sans doute que c’est l’apanage de tous les métiers : j’aurais envie de vous dire que oui, mais je doute que ce soit aussi éloquent dans toutes les fonctions.

Non seulement le travail des professionnels de l’urgence oblige-t-il à une performance certaine, mais en plus, nous voyons, avec l’avènement des caméras sur les téléphones cellulaires, de plus en plus de scènes de crise filmées passer sur les réseaux sociaux. Vous vous direz que c’est bien d’informer, et je ne peux qu’être d’accord avec vous, y contribuant en écrivant sur ce site, mais encore là, à condition de le faire avec éthique.

Cette semaine, j’ai eu l’infini bonheur de former plus de 50 intervenants d’urgence du monde des paramédics et des pompiers. Savez-vous ce qui est ressorti comme un des facteurs de stress les plus présents? Eh oui, vous me voyez arriver : le fait d’être filmé. Pourquoi direz-vous? Pour plusieurs raisons et en voici quelques-unes, fraîchement relevées. D’abord, ces derniers pensent aux victimes et à leurs proches. Aura-t-on droit à une certaine intimité? À quel point verra-t-on diffusées des images horribles pour les proches. Puis, ils se questionnent aussi sur le moment où l’appel sera logé au 911. À deux reprises cette semaine seulement, on m’a fait mention d’incendies diffusés sur Facebook avant d’être notés à une centrale d’urgence. Enfin, disons bien honnêtement, la personne qui rend compte des images sur les réseaux sociaux : avez-vous pensé que vous pouvez parfois être dans un périmètre de sécurité. Encore ici, des tonnes d’histoires sont ressorties à ce propos; engendrant une pression supplémentaire aux intervenants.

Alors continuons sur les facteurs psychosociaux. Nous avons déjà noté la performance attendue, la présence de badauds sur les scènes… mais que dire de l’exposition à la détresse humaine? Les métiers d’urgence, de plus en plus, se rapprochent de la population. Les intervenants sont formés pour gérer bien des situations, mais pensez-y : aucun uniforme ne protège ces humains (car oui, ils sont humains) contre la détresse et la misère. Je parle ici certes du trouble de stress post-traumatique, de plus en plus diagnostiqué (mais encore trop peu) mais aussi de l’usure que peuvent amener ces métiers. Côtoyer sans cesse des gens en pleurs, détruits, en colère, qui ont tout perdu, incluant des êtres aimés, laissez-moi vous dire que dans mon bureau, il s’en raconte des histoires que les personnes qui ne côtoient pas ce milieu ne peuvent imaginer (et non, je ne ferai état de rien ici).

Alors au final, pouvons-nous avoir, comme je l’ai relevé dans mon dernier article sur le suicide policier, un peu de compassion pour ces intervenants? Je les côtoie de près depuis 22 ans et je peux vous certifier que plusieurs exercent leur travail avec passion, au détriment de leur famille qui s’inquiète pour eux (merci de les appuyer), de leur santé mentale aussi. Plusieurs développeront en cours de carrière un trouble de stress post-traumatique, vivront un ou des épisodes d’épuisement et vous savez quoi? Ce n’est certes pas par faiblesse : mais bien par passion et engagement (car non je n’utiliserai pas le terme vocation).

Alors si cet article peut vous avoir amené un tant soit peu de considération pour les intervenants d’urgence, j’aurai rempli ma mission. Leur travail ne devrait jamais pris pour acquis (tout comme celui des métiers en santé, en éducation et en service à la clientèle).

Julie Nadeau, T.S., M.S.s., Ph.D.(c)

www.julieurgence.ca

Par Julie Nadeau-Ts 
www.julieurgence.ca  

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