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Blogue - Tragédie de Lac-Mégantic, 5 ans plus tard

  • Publié dans BLOGUE

6 juillet 2013, vers 1h15 du matin, la population de Lac-Mégantic sera marquée en entier par le déraillement de train qui causera le décès de 47 personnes.

Ce drame marquera le Québec en entier par les images diffusées, par les vidéos maintes fois vues et revues mais aussi par toutes les suites judiciaires qui en ont découlé. Immense déploiement de ressources d’urgence. Points de presse chaque jour. Mais aussi, pour les personnes éprouvées, un temps à attendre les résultats des coroners. Un temps à s’imaginer le mieux ou le pire… à anticiper la finalité de cette catastrophe. Lac-Mégantic, c’est aussi la fin d’un paysage tel que les gens le connaissaient. C’est aussi la crainte de voir ressurgir un train. C’est aussi de voir bien des spécialistes envahir leur ville. Lac-Mégantic, c’est une somme de deuils.

Vous vous rappelez sans doute où vous étiez lorsque vous avez appris la triste nouvelle. Peu importe notre âge, notre statut social, nous restons marqué.e.s par de telles tragédies. Elles marquent l’imaginaire et confrontent l’humain à ce qu’il y a de plus souffrant : l’impuissance face aux drames.

À titre de travailleuse sociale, je n’ai pas eu à intervenir dans cette tragédie. Toutefois, comme chercheure, je constate les effets négatifs mais aussi quelques réalités plus positives à la suite de ce drame.

Quelles sont les réactions habituellement notées chez les sinistré.e.s?
Dans le cas de catastrophes causées par l’homme, plusieurs chercheurs notent qu’il est parfois plus difficile de vivre les émotions liées à la tristesse car la colère prend beaucoup de place (et je ne porte pas de jugement ici). Dans le cas de Lac-Mégantic, le fait que les décisions ne sont pas encore prises quant au parcours du train peut aussi créer une colère supplémentaire. Les recours judiciaires ayant aussi pris beaucoup d’énergie et n’ayant pas mené aux résultats escomptés par plusieurs, la grogne peut encore plus se faire sentir.

Ce qui est particulier dans ce type de catastrophe, c’est aussi le fait que la communauté est en entier ébranlée. Dans des milieux où les gens se connaissent quasi tous, on retrouve donc chez chaque personne des liens avec des gens qui sont décédés pendant le drame. Il importe donc, comme communauté plus large, d’offrir nos services à la population ébranlée.

Un des mythes que j’entends souvent des personnes ayant vécu une situation traumatique, c’est que les gens ont peur de leur poser des questions. Soyez sans crainte : les personnes éprouvées par de tels drames ont plus souvent qu’autrement besoin d’en parler, de commémorer, de raconter leur histoire. S’il s’avère qu’ils ne veulent pas en parler, laisser-leur en juger. Ce dont ils ont souvent moins besoin (et ce n’est pas le cas de tous), c’est de revoir sans cesse les images traumatisantes. C’est aussi de voir des gens venir épier leurs moindres émotions.

En ce 6 juillet 2018, offrons donc à la population de Lac-Mégantic nos pensées les plus sincères. Permettons aussi aux gens ayant vécu le drame de s’exprimer. Laissons place à leurs souvenirs, à leurs craintes et à leurs aspirations.

NOTE : L’équipe de Danielle Maltais de l’Université du Québec à Chicoutimi étudie depuis 2013 les conséquences du déraillement de train. Je vous invite, si vous avez envie d’en savoir plus, à lire leur publication : http://www.puq.ca/catalogue/themes/lac-megantic-3018.html

Par Julie Nadeau, T.S. 

Site internet : www.julieurgence.ca  
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