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Fredericton 10 août 2018 – des leçons à tirer socialement

  • Publié dans DIVERS
Photo: Facebook: Service de police de Fredericton Photo: Facebook: Service de police de Fredericton

Blogue avec Julie Nadeau-Ts

Il y a déjà une semaine, quatre personnes croulaient sous les balles d’un forcené qui a terrorisé la ville de Fredericton.

Deux personnes civiles sont décédées, ainsi que deux policiers. Loin de moi l’idée de penser que les décès peuvent être comparés, mais j’avais envie d’aborder ce que représente la mort de ces agents de la paix, parce que c’est mon milieu; pas parce qu’ils ont le monopole de la souffrance! J’ai choisi de collaborer avec Zone911 car j’avais envie de vous partager mes expériences avec ce monde fascinant que la majorité des gens voient peu de proche! Alors voici ce qui occupe mes pensées depuis une semaine.

***

J’oeuvre dans le milieu des agents de la paix depuis 1997. Depuis ce moment, je constate l’importance que revêt le courage dans ce milieu. Le courage, c’est de prendre des risques pour le métier. Le courage, c’est de s’exposer chaque jour à des gens qui ne vont pas bien pour toutes sortes de motifs. Les personnes qui choisissent ce milieu le font parce que dans la majorité des cas, la valeur de la Justice est capitale dans leur vie. Voilà ce qui caractérisait donc sans doute les agents Robert Costello et Sara Mae Helen Burns.

Personne ne devrait jamais mourir au travail, pas plus les policiers que les électriciens, les plongeurs ou les commis de dépanneur. Cela relève de l’absurde. Toutefois, quand je lis, comme cette semaine, que c’est moins grave car « les policiers sont armés ou car ils connaissent le risque de leur métier », je suis plutôt irritée.

Les conséquences de la mort d’un agent sont immenses : pour sa famille mais aussi pour ses collègues. Le monde de l’urgence, c’est une grande famille. Ce sont des liens créés à travers la détresse psychologique des clients. Ce sont des liens qui deviennent quasi-familiaux avec le temps car le travail en est un d’équipe. Or, quand des agents tombent sous les balles, cela a pour effet de questionner la raison d’avoir choisi ce job pour bien d’autres agents… de leur service mais aussi pour toutes les autres organisations. Le courage est donc questionné. La bienveillance humaine est aussi pointée du doigt. Le cynisme est souvent en augmentation (cela fera l’objet d’un prochain billet).

On enseigne aux agents de la paix à ne jamais « être dans le blanc ». Cela signifie qu’ils doivent toujours être parés à intervenir à travers un processus encadré (le continuum d’emploi de la force). On leur demande donc de développer un réflexe de qui-vive toujours présent. Mais malgré cette préparation, rien n’est jamais comme à l’école (c’est aussi ce que je dis à mes étudiants), ni même comme toutes les préparations qu’on aura pu faire. La vraie vie, c’est dehors.

Le dernier constat que je fais dans ma pratique comme clinicienne auprès de cette population, c’est l’immense pression qu’ajoute le jugement populaire au travail des intervenants. Non seulement ils sont scrutés dans leur travail, mais en plus, souvent, sur les réseaux sociaux, on y va de jugements rapides et de caricatures (et ici, je ne parle pas des blagues comme « mangeux de beignes », ce n’est pas cela qui blesse). Alors si la tuerie de Fredericton peut amener à réfléchir, c’est certes sur le sacrifice que font ces agents pour préserver une paix sociale.

Par: Julie Nadeau-Ts

www.julieurgence.ca

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